Passer au contenu principal
A A A

Où souhaitez-vous
partager cette page?

25 février 2026Lettres et allocutions

Réaffirmer le droit à une égalité réelle pour les communautés noires au Québec

Illustration de silhouettes colorées représentant "un mouvement, une vibration collective. Un mouvement d’affirmation, de libération et de reconnaissance." selon l'artiste Williamson Dulcé.
Williamson Dulcé, MHN 2026.
Cette lettre a été publiée dans Le Devoir le 25 février 2026, alors que s’achève le Mois de l’histoire des Noirs. Elle s'inscrit dans une série de lettres ouvertes soulignant les 50 ans de la Charte des droits et libertés de la personne.

L’histoire des personnes noires ne se limite pas à des récits du passé. Elle s’inscrit dans le présent, dans la réalité vécue par de nombreuses personnes confrontées, encore aujourd’hui, au racisme et à la discrimination systémiques et structurels. Ces inégalités persistent et se manifestent dans plusieurs sphères de leurs vies quotidiennes. Elles s’expriment également dans différents secteurs d’activité tels que l’emploi, le logement, l’éducation, le système de protection de la jeunesse, la sécurité publique, pour ne nommer que ceux-là.

Alors que s’achève le Mois de l’histoire des Noirs, il est important de reconnaître le caractère spécifique du racisme antinoir et de rappeler que ces réalités ne relèvent ni de perceptions individuelles ni d’exceptions isolées.

Profilage racial : une problématique persistante malgré des années de documentation

La question du profilage racial est documentée et dénoncée depuis de nombreuses années. En 2020, la Commission publiait un rapport dans lequel elle concluait que la majorité de ses recommandations visant les secteurs de la sécurité publique, du milieu scolaire et de la protection de la jeunesse n'avaient pas été mises en œuvre ou ne l'avaient été qu'en partie. Un sondage Léger, mené en 2024 à la demande du Sommet pour le développement socioéconomique des jeunes des communautés noires, révélait que 83 % des personnes noires se sont déjà senties discriminées et 66 % considèrent avoir été victimes de discrimination ou de traitement injuste dans leurs rapports avec les services publics.

Les statistiques recensées par la Commission des droits confirment la persistance du phénomène. Au cours des cinq dernières années, nous avons ouvert 687 dossiers d’enquête à la suite de plaintes de personnes noires alléguant avoir été victimes de discrimination fondée sur la couleur, la « race » ou l’origine ethnique ou nationale. De ceux-ci, 340 concernent des allégations de profilage racial. Au-delà des mesures visant à favoriser des changements au niveau des mentalités, la Commission recommande la révision des politiques et des pratiques policières relatives aux incivilités ainsi que l’interdiction des interpellations et des interceptions routières sans motif réel.

Les enfants noirs sont également surreprésentés dans le système de protection de la jeunesse. Un récent sondage de l’Observatoire des communautés noires révèle qu’ils sont deux fois plus nombreux que les autres à avoir fait l’objet d’un signalement à la DPJ. La recherche montre notamment que ces signalements sont significativement plus susceptibles d’être retenus et de mener à des placements en milieu substitut. Il est impératif d’agir sur l’ensemble des facteurs qui contribuent à cette surreprésentation : conditions de vie des familles, obstacles dans leur accès aux services publics, manque d’adaptation interculturelle et antiraciste et signalements hâtifs fondés sur des préjugés. La question n’est plus de savoir si nous reconnaissons cette réalité, mais ce que nous déciderons d’en faire.

Malgré les défis, la jeunesse noire continue de croire en son avenir

Le sondage Léger révèle aussi que 68 % des jeunes noirs estiment contribuer positivement à leur communauté, et 27 % s’investissent dans des organismes culturels, presque trois fois plus que leurs pairs non noirs. Les données du sondage et les récits du terrain se répondent. Ensemble, ils nous rappellent qu’une société qui aspire réellement à l’égalité peut progresser davantage en valorisant chaque voix.

Le 50e anniversaire de la Charte des droits et libertés, le 25e anniversaire de la Déclaration de Durban et la proclamation par l’Assemblée générale des Nations Unies de la deuxième Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine sont autant de rappels de l’importance de s’attaquer au racisme et à la discrimination systémiques. Au-delà des discours et des énoncés de principes, il est plus que temps d’adopter des actions concrètes et structurantes pour corriger les injustices vécues par les Québécoises et Québécois des communautés noires et garantir leur droit à l’égalité réelle dans tous les secteurs de la société.


Marjorie Villefranche
Membre de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse

Habib El-Hage
Membre de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse


Pour souligner les 50 ans de la Charte des droits et libertés de la personne, la loi fondamentale du Québec, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse publie une série de lettres ouvertes sur divers thèmes afin de souligner l’importance de la Charte comme moteur de l’évolution du Québec depuis 50 ans et tous les défis que la Charte nous permet encore d’affronter collectivement.