Travail des enfants : les droits et l’intérêt de l’enfant doivent toujours primer
Le 12 juin 2025 - En cette Journée mondiale contre le travail des enfants, il est important de se rappeler que chaque jour, près de 170 millions d’enfants à travers le monde sont contraints d’aller travailler plutôt que de fréquenter l’école ou de s’adonner à des activités récréatives. Afin de subvenir à leurs propres besoins et à ceux de leur famille, ces enfants sont trop souvent amenés à travailler dans des conditions précaires qui compromettent leur santé et leur sécurité, comme des mines ou des industries manufacturières de type « ateliers de misère ».
Fort heureusement, les enfants québécois sont épargnés par cette dure réalité. S’il en est ainsi, c’est parce que le Québec dispose d’outils législatifs qui permettent de limiter les impacts négatifs du travail sur leur développement et leur sécurité.
La Charte des droits et libertés de la personne du Québec, dont la portée est unique en contexte nord-américain et qui célèbre cette année son 50e anniversaire, garantit à toute personne - y compris les enfants - des conditions de travail justes et raisonnables, le droit à l’égalité dans leurs conditions de travail, ainsi que le respect de leur santé, de leur sécurité et de leur intégrité physique.
L’adoption récente de la Loi sur l’encadrement du travail des enfants concrétise l’engagement de l’État québécois à veiller au respect de l’intérêt et des droits des enfants qui travaillent. En effet, depuis son adoption, seuls les jeunes âgés de 14 ans et plus peuvent légalement occuper un emploi, sauf exception. S’il faut saluer cette avancée, ceux-ci ne sont toutefois pas complètement à l’abri de violations de leurs droits. Il faut donc continuer à s’en préoccuper dans le contexte économique actuel, marqué par la progression du travail des enfants.
En effet, les données parlent d’elles-mêmes : la moitié des élèves du secondaire travaillent durant l’année scolaire. Ils sont nombreux à y consacrer plusieurs heures par semaine. Selon la plus récente Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire, près d’un élève sur cinq consacre 16 heures ou plus à un emploi par semaine.
Les enfants demeurent largement exposés aux conséquences négatives de la conciliation études-travail sur la santé physique et psychologique : surcharge, stress, épuisement, risque de décrochage scolaire. La limite du nombre d’heures durant laquelle les élèves peuvent travailler pendant la période scolaire n’écarte pas tous risques d’atteintes à leurs droits. La loi ne les empêche pas par exemple de cumuler plus d’un emploi. À cet égard, il nous faut porter une attention particulière aux enfants plus vulnérables sur le plan socioéconomique et qui vivent dans des conditions de pauvreté.
Certaines brèches législatives soulèvent également des préoccupations. Pensons notamment à l’exception récemment introduite, qui permet à des enfants de moins de 14 ans de travailler dans des camps de jour ou de vacances municipaux. Ce type de mesure peut, malgré les meilleures intentions, compromettre les protections mises en place pour prévenir les effets néfastes du travail sur le développement des enfants, comme l’a fait valoir la Commission lors de l’annonce de cette modification.
L'État québécois a la responsabilité de faire primer, en tout temps, l'intérêt de l'enfant sur les besoins économiques des employeurs. Il doit poursuivre son rôle de leadership pour encadrer le travail des enfants, de façon à préserver leur développement, leur santé et leur sécurité. Il lui revient de mobiliser tous les ministères concernés et d'assurer une application cohérente et rigoureuse des règles existantes, afin d'éviter que les enfants aient à subir les contrecoups de la pénurie de main-d'œuvre qui sévit dans plusieurs secteurs de l'activité économique au Québec.
Mais cette responsabilité est aussi collective. Nous devons protéger les enfants contre les effets indésirables que le travail pourrait avoir sur leur développement et leur épanouissement. Cet objectif ne peut évidemment se concrétiser sans que les employeurs y contribuent activement et sans l’apport des parents qui ont un rôle essentiel à jouer lorsque leur enfant travaille ou envisage de le faire.
En cette journée mondiale contre le travail des enfants, nous appelons à une vigilance partagée. Le travail des jeunes doit se faire en tout respect des droits qui leur sont garantis par la Charte.
Philippe-André Tessier, président de la Commission
Stéphanie Gareau, vice-présidente responsable du mandat jeunesse


