La pauvreté constitue une atteinte aux droits et libertés de la personne
Alors qu’on souligne aujourd’hui la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, il est important de rappeler qu’au Québec un nombre croissant de personnes n’arrivent pas à joindre les deux bouts.
C’est le cas de Victor qui se retrouve à la rue pour la deuxième fois depuis qu’il a eu 18 ans et qu’il n’a plus eu accès aux services de la protection de la jeunesse. Anna, quant à elle, revient de l’épicerie où elle a dépensé ses derniers dollars pour le mois. C’est que, une fois son loyer payé, il ne lui en reste pas assez pour couvrir ses autres dépenses. Amina, de son côté, s’inquiète pour ses enfants. Mère monoparentale, elle cumule deux emplois, mais avec le salaire minimum, elle n’arrive pas à boucler son budget avec le loyer trop élevé, la rentrée scolaire et les bottes d’hiver qu’elle doit trouver pour ses trois petits. François, lui, a pris sa retraite il y a déjà quelques années et il n’est plus aussi apte à s’occuper des tâches ménagères quotidiennes depuis que sa santé s’est détériorée. Il a peu de moyens et il se demande combien de temps il devra attendre avant qu’une place se libère dans un centre d’hébergement adapté à ses besoins.
Plusieurs seront tentés de réduire ces exemples à des réalités individuelles, pensant que les personnes en situation de pauvreté sont responsables de ce qui leur arrive.
Comprendre la pauvreté, c’est d’abord en identifier les causes
Des travaux de recherches confirment la forte prévalence des préjugés envers les personnes en situation de pauvreté. La stigmatisation et la marginalisation viennent ainsi s’ajouter aux obstacles qui se posent sur leur chemin. Comme dans un cercle vicieux, ces préjugés renforcent la discrimination et l’exclusion qui, à leur tour, favorisent les préjugés. Un avis du Centre d’étude sur la pauvreté et l’exclusion met, par exemple, en évidence l’impact de ces préjugés sur les politiques publiques, soulignant qu’ils constituent un obstacle majeur à la lutte contre la pauvreté.
Il faut pourtant être clair : la pauvreté n’est pas le résultat d’un manque de volonté ou de responsabilité individuelle. Ses causes sont structurelles et les solutions à mettre en œuvre doivent donc, elles aussi, être collectives et systémiques. C’est un peu comme le jeu de la chaise musicale : si les règles du jeu ne changent pas, des personnes seront inévitablement mises de côté à l’arrêt de la musique.
Lutter contre la pauvreté, une question de droits
Aborder la pauvreté sous l’angle des droits de la personne permet de dépasser les préjugés et de saisir pleinement la nature multidimensionnelle de ce phénomène. Les exemples cités ci-dessus le démontrent bien : une personne en situation de pauvreté vit un ensemble de privations interconnectées (revenu, logement, alimentation, vêtements, soins de santé, etc.). Elle est privée des ressources, des moyens, des choix, de la sécurité et du pouvoir nécessaires pour exercer ses droits.
C’est pourquoi lutter contre la pauvreté est une question de droits. Il est d’une importance capitale de mettre en place les conditions qui permettent à chacune et chacun d’exercer concrètement l’ensemble des droits et libertés protégés en vertu de la Charte des droits et libertés de la personne.
Comment, par exemple, assurer le droit à la sûreté et à l’intégrité de sa personne lorsqu’on ne peut pas se nourrir suffisamment ou lorsqu’on doit choisir entre payer le loyer, l’épicerie ou ses médicaments ? Qu’en est-il aussi de son droit à la sauvegarde de sa dignité lorsqu’on se retrouve en situation d’itinérance ? Comment assurer le droit à l’égalité lorsque les entraves économiques ou matérielles s’accumulent pour certains ou certaines d’entre nous ? Qu’advient-il du droit au logement dans le contexte actuel marqué par une crise sans précédent en la matière ??
Il convient ainsi de le rappeler : seule une approche fondée sur les droits de la personne permettra de lutter efficacement contre la pauvreté.
Enfin, alors qu’on souligne le 50e anniversaire de cette loi fondamentale qu’est la Charte québécoise des droits et libertés, les appels répétés à renforcer la portée des droits économiques et sociaux garantis par la Charte prennent une importance toute particulière. Il est temps de leur donner leur plein effet.
Myrlande Pierre, vice-présidente responsable du mandat Charte
Anne-Marie Santorineos, membre de la Commission
Pour souligner les 50 ans de la Charte des droits et libertés de la personne, la loi fondamentale du Québec, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse publie une série de lettres ouvertes sur divers thèmes afin de souligner l’importance de la Charte comme moteur de l’évolution du Québec depuis 50 ans et tous les défis que la Charte nous permet encore d’affronter collectivement.


