La traite des femmes

Transcription du balado Balad'Elles - Épisode 3

[Balad'Elles est une série de balados qui donne le micro aux femmes pour parler de leurs droits. Elle est produite par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.Cet épisode a été réalisé en collaboration avec le Comité d’action contre la traite humaine interne et internationale (CATHII). Vous retrouverez cet épisode sur SoundCloud]

[Durée de l’enregistrement: 47 minutes, 58 secondes] 

Nancy Roberge : 

Bonjour. Je m’appelle Nancy Roberge. Je participe depuis un an au CATHII. Le CATHII, c’est le Comité d’action contre la traite humaine interne et internationale. Et là, à travers ce balado qu’on va vous présenter, on vous invite à découvrir c’est quoi la traite. La traite humaine. On la chance de parler avec plusieurs invitées qui vont nous présenter en fait différentes facettes de la traite dont par exemple le travail forcé ou l’exploitation sexuelle.  

Donc, ensemble, on va essayer de comprendre c’est quoi la traite, la traite humaine. Puis qu’est-ce qu’on peut faire, nous, comme citoyens face à ce problème-là. Restez à l’écoute. 

(pont musical) 

Claudette Bastien : 

[0:00:57] Je suis Claudette Bastien, membre du CA du CATHII et membre fondatrice également depuis 2004.

France Laforge : 

[0:01:06] Alors je me présente, France Laforge, coordonnatrice du CATHII. 

Jill Hanley : 

[0:01:11] Bonjour, je suis Jill Hanley. Je suis directrice scientifique à l’Institut universitaire Sherpa qui travaille sur les questions d’immigration, diversité et santé. Et je suis aussi professeure en travail social à McGill. Mais depuis 20 ans, je suis impliquée activement chaque semaine avec le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants. 

Nathalie Basmadjian : 

[0:01:32] Bonjour. Mon nom est Nathalie Basmadjian. J’ai une formation en travail social. Je travaille à la CLES depuis 2016. Je suis responsable des services aux femmes et j’interviens aussi auprès des femmes. 

Josée Mensales : 

[0:01:44] Bonjour. Je suis policière à l’équipe de lutte au proxénétisme, coordonnatrice de l’équipe du programme Les Survivantes. Josée Mensales. 

(pont musical) 

Nancy Roberge : 

[0:02:02] France, quand on parle de traite, de quoi on parle au juste? 

France Laforge : 

La définition reconnue mondialement depuis 2002 et la définition officielle, c’est que la traite est l’exploitation des personnes telle que l’exploitation sexuelle à travers la prostitution, le travail forcé et d’autres formes d’esclavage moderne. Et les victimes peuvent être contraintes par la menace, la force, l’enlèvement, la fraude, la tromperie, l’abus d’autorité. Dans les autres formes de traite, on pense ici au mariage forcé, au prélèvement d’organes et à des conditions de travail qui sont proches de l’esclavage. 

Le point central dans cette définition-là qui spécifie ou définit la traite, c’est l’exploitation d’autrui, non seulement les actions pour exploiter les autres, mais aussi l’intention d’exploiter quelqu’un d’autre. Quand on parle de traite interne, on fait référence au fait d’exploiter des personnes à l’intérieur même du Canada. Parfois, on les déplace d’une ville à l’autre, spécialement au niveau de l’exploitation sexuelle. Puis évidemment, c’est pour qu’on ne puisse pas les retrouver, les retracer. Retracer les victimes, mais aussi retracer les exploiteurs, les proxénètes.

Nancy Roberge : 

[0:03:30] Et c’est quoi l’ampleur de la traite dans le monde? 

France Laforge : 

Alors, on a que des estimations. On n’a pas de chiffre précis parce que la traite, c’est un phénomène qui est caché et qui est illégal. En 2013, on pensait qu’il y avait ou on estimait le nombre de victimes à 27 millions d’être humains. Et en 2016, on chiffrait plutôt le nombre de victimes à 40 millions. Donc, on peut voir qu’il y a eu une augmentation importante du nombre de victimes en seulement trois ans.

La traite des personnes génère à peu près des profits de 150 milliards de dollars par année. Et ces profits-là ont augmenté de six fois. Donc, c’est six fois plus lucratif qu’en 2011. Les enfants, de leur côté, représentent à peu près 28 % des victimes de traite dans le monde. Selon des chiffres de 2016, les filles, elles, sont recrutées d’abord pour de l’exploitation sexuelle. Et les garçons sont recrutés surtout pour travailler dans des mines et dans des conflits guerriers, là, pour devenir des enfants soldats. Les femmes et les filles représentent 71 % des personnes victimes de traite. 

Nancy Roberge : 

[0:04:53] Et le Canada, comment il se situe par rapport à la traite des personnes? 

France Laforge : 

Alors, selon les données de Statistique Canada, la police avait déclaré 1100 cas qui comprenaient une infraction de traite entre 2009 et 2016. Là, on se rappelle que ce ne sont que des estimations et probablement que la réalité est bien pire que ça, là. Ça serait comme juste la pointe de l’iceberg. Et c'est en augmentation constante depuis 2010.

Alors, la grande majorité des victimes de la traite dans ces années-là étaient des femmes, à 95 %. Et 70 % d’entre elles étaient âgées de moins de 25 ans. Juste par contraste, là, il y avait 80 % des personnes accusées de traite qui étaient des hommes. 

Jill Hanley : 

[0:05:49] Il y a quand même beaucoup, beaucoup de liens entre les politiques d’immigration et la traite au Canada. C’est sûr qu’il y a des gens et beaucoup de personnes en fait qui sont victimes de la traite qui ne sont pas des migrants au Canada, qui sont nés ici. Mais pour ceux qui viennent de l’extérieur, ils sont vulnérables à différents types de traite.

Par exemple, si on regarde la traite pour les fins de l’exploitation de la main-d'œuvre, du travail, on voit que c’est presque exclusivement des personnes qui sont migrantes et des personnes qui sont migrantes à statut précaire. Et par ça, ce qu’on veut dire quand on dit que quelqu’un a un statut précaire d’immigration, ça veut dire que, premièrement, ils sont temporaires. Deuxièmement, leur droit d’être au Canada dépend d’un tiers parti. Par exemple, ça dépend de leur employeur. Ça dépend d’un membre de leur famille. Des fois, les étudiants internationaux, leurs établissements d’école. Et le fait qu’ils sont temporaires et dépendants de quelqu’un d’autre veut dire que si quelqu’un veut les exploiter, ils ont des prises en termes de leur statut d’immigration pour les contrôler, pour les menacer.

Nathalie Basmadjian : 

[0:07:08] En fait, j’aurais tendance à dire que, contrairement à l’Europe, où est-ce que le phénomène de la traite internationale est plus présent, au Canada, c’est plus de la traite interne pour des fins d’exploitation sexuelle. Selon la fondation Celle, la traite à des fins d’exploitation sexuelle est la forme la plus courante d’esclavage détectée par les autorités canadiennes.

 [0:07:32] À la CLES, on observe que plusieurs femmes sont victimes de la traite interne sous l’emprise de proxénètes. Ces proxénètes sont aussi considérés par les femmes comme leur copain, leur amoureux, ce qui rend la chose compliquée. On a remarqué que l’Alberta, l’Ontario, la Colombie-Britannique sont des destinations privilégiées pour la traite à des fins d’exploitation sexuelle, car la prostitution y est plus lucrative.

Éventuellement, quand l’emprise est totale, on a remarqué que les proxénètes n’ont même plus besoin d’accompagner les femmes dans les autres provinces. Ils gèrent le tout par Internet et par textos. Donc, les déplacements de la femme, les réservations d’hôtel, les vols d’avions, de bus, les clients et les services. Donc, nous, on a des témoignages de femmes qui sont dans leur chambre d’hôtel, textent le proxénète à l’arrivée et au départ du client. À la suite de la journée de travail, entre guillemets, déposent les fonds dans un compte que le proxénète retire ensuite à partir de Montréal.

Nancy Roberge : 

[0:08:36] Donc, si j’ai bien compris, là, au niveau mondial, les femmes représentent 70 % des victimes de traite des personnes. Alors, comment on explique ça? 

France Laforge : 

Au niveau de l’exploitation sexuelle, les femmes qui sont recrutées, là, pour l’exploitation sexuelle, souvent sont dans certaines conditions ou situations de vulnérabilité. Donc, il y a des situations, des facteurs qui augmentent le risque d’être exploitée. Et quels sont ces facteurs-là ou ces situations-là, bien, chez les jeunes filles, on parle souvent de situations familiales difficiles, dysfonctionnelles. Et les femmes qui sont visées par l’exploitation sexuelle ou par les proxénètes en fait, là, ont presque toujours un passé d’abus sexuel. Il y a plusieurs études, recherches qui font état de ça. Donc, un passé familial d’abus sexuel, de violence. Et parfois, au moment d’être recrutées, elles sont en fugue. Donc, ont fui leur famille. Il y en a d’autres qui sont en situation de rupture amoureuse. Donc, elles sont plus isolées puis elles ont perdu leurs repères puis elles sont plus fragiles. 

Alors, un autre facteur qui augmente le risque d’être exploitée ou la vulnérabilité par rapport aux exploiteurs, c’est d’avoir des dépendances aux drogues ou à l’alcool ou encore d’être sous-scolarisée. Parce que ça offre moins de possibilités pour avoir un bon emploi. Donc, avoir une profession qui est satisfaisante, valorisante et ne pas avoir le goût de chercher ailleurs. Mais toujours, dans toutes les situations où des femmes sont recrutées ou il y a de l’exploitation sexuelle, et même au niveau du travail forcé, il y a toujours le besoin d’argent qui est très présent, soit pour s’occuper de ses enfants ou de sa famille, soit pour répondre à des dépendances : donc acheter de la drogue, de l’alcool. Soit pour réussir à survivre, avoir un toit. Parce qu’on est en fugue.

Alors un autre facteur qui malheureusement augmente le risque d’être exploitée, c’est d’être d’origine autochtone. On sait que les femmes autochtones sont très largement surreprésentées dans des situations de traite, spécialement à des fins d’exploitation sexuelle.

Nathalie Basmadjian : 

[0:11:15] Les femmes autochtones, les femmes racisées, les femmes sans statut sont d’autant plus vulnérables à la traite. Alors, par exemple, lorsqu’il y eu des centaines, voire des milliers d’Haïtiens qui ont franchi la frontière sur le chemin Roxham et que le Stade olympique à Montréal a été adapté pour les accueillir, il a été dénoncé par nos partenaires au MCVI, qui est le Mouvement contre le viol et l’inceste et la Maison d’Haïti que des proxénètes rôdaient autour du Stade en vue de recruter des jeunes filles et des jeunes femmes vulnérables pour les exploiter sexuellement.

Josée Mensales : 

[0:11:50] Autre fait important, quand on regarde la clientèle, les gens avec qui on travaille, nous, pour ce qui est de ceux qui sont les plus réticents à s’ouvrir par rapport à ce qu’ils vivent ou ce dont ils sont captifs, c’est à 75 % des personnes d’âge mineur, donc à plus de 90 % des femmes, des jeunes filles. Donc ça aussi c'est important à considérer. Des fois par le manque d’expérience de vie, elles vont tomber dans certains pièges que nos trafiquants ont tendance à justement… à étaler. Et ça, bien, on voit beaucoup, beaucoup l’avènement de l’utilisation des réseaux sociaux qui a changé beaucoup la donne.

Donc, je suis bien placée pour parler étant donné que j’ai connu le avant, quand ce n’était pas quelque chose généralisé que d’avoir un téléphone cellulaire sur soi. L’avènement des réseaux sociaux a beaucoup changé la donne et les trafiquants s’en servent. Ils se servent aussi de beaucoup, beaucoup de tendances médiatiques telles que les téléréalités, l’industrie de la musique. Ce qui est prôné dans ça fait miroiter une vie de rêve. C’est de partir de l’individu ou de la jeune fille qui est inconnue de tous, qui vit un peu dans l’ombre et qui devient soudainement cette espèce de grand cygne qui brille aux yeux de tous. Donc, beaucoup, beaucoup de nos jeunes qui n’ont pas l’expérience de vie, vont tomber dans ces projets de rêve-là. Se faire dire qu’on doit utiliser justement l’apparence qu’on a, cette jeunesse-là qu’on a pour court-circuiter plutôt que de favoriser un parcours scolaire ou d’aller chercher des acquis qui peuvent mettre quand même un certain nombre de temps. On va aussi déprécier le fait que certains passent plusieurs années sur les bancs d’école pour avoir un salaire très ordinaire. Tandis que cette industrie-là va nous propulser rapidement au même titre qu’un rêve.

Donc, en fait, c'est comme des marchands de rêve. Puis pour ces jeunes filles-là surtout, ça peut devenir quelque chose de très positif. Elles n’ont pas l’impression d’être captives ou d’être opprimées de quelque façon que ce soit. Donc, le fait qu’elles ne se reconnaissent pas comme victimes initialement devient un enjeu majeur dans la suite des choses et dans le dépistage précoce. 

Nancy Roberge : 

[0:14:06] En écoutant parler de la traite, ça m’a fait penser à l’esclavage. Est-ce qu’on pourrait dire que le traite, c’est une certaine forme d’esclavage? 

France Laforge : 

Alors quand on parle de traite, de nos jours, on dit que c’est de l’esclavage moderne. Peut-être, à la différence qu’on a beaucoup plus de moyens pour exploiter et surexploiter les êtres humains, mais évidemment, ça s’apparente à de l’esclavage comme on a vu un peu à toutes les époques. Et cet esclavage-là qui a été interdit, mais on se retrouve avec des nouvelles formes d’esclavage à travers la traite. 

Nancy Roberge : 

[0:14:45] Est-ce que vous pouvez nous donner un exemple d’une survivante? 

Jill Hanley : 

Le Centre des travailleurs a déjà intervenu dans un cas où c’étaient des femmes qui travaillaient dans la cueillette de petits fruits. Puis on sait qu’au Québec, on est très fiers de notre industrie de petits fruits, mais c’est surtout des femmes qui viennent travailler dans cette industrie-là à partir de l’Amérique centrale.

On a rencontré des femmes qui étaient sur une ferme, une très grande ferme qui a des centaines de femmes qui viennent travailler chaque année. Et on a appris que ces femmes-là avaient des problèmes de santé vraiment graves. Elles avaient vraiment mal et puis les articulations enflaient à cause de la difficulté de faire ce travail. C’est des petits fruits. On est à genoux. Alors, les articulations enflées, de la difficulté à marcher, beaucoup de douleurs, pleurer tout le temps parce qu’elles ont trop mal, mais que l’employeur ne voulait pas les aider à consulter un médecin. Elles avaient tellement peur d’avoir des séquelles permanentes qu’elles ont trouvé une manière de contacter le CTI. Juste pour dire que le CTI fait des tournées un peu durant la saison, la haute saison des travailleurs agricoles. Puis on a des organisateurs latinos qui peuvent des fois aller dans les espaces de break de ces travailleurs-là et que ce n’est pas trop perçu qu’ils sont là.

Et elles avaient parlé avec une organisatrice du Centre des travailleurs pour dire : « On a besoin de voir un médecin. L’employeur ne nous laisse pas. Il nous oblige à continuer de travailler ». Alors, on les a rencontrées la soirée de leur épicerie. On est allés avec un camion pour les amener voir un médecin. Puis l’idée, c’était qu’elles allaient partir. Puis le matin, dire à l’employeur qu’elles prenaient un congé de maladie parce qu’elles devaient voir le médecin. Mais quand le superviseur nous a vus parler avec elles, il nous a interrompus pour dire qu’on n’avait pas le droit de parler avec ces femmes-là, que ces femmes-là ne devaient pas parler avec les gens de l’extérieur de la ferme. Que c’était dangereux pour elles, tout ça.

Mais les femmes disaient : « Non, on veut partir. On veut voir un médecin ». Elles sont rentrées dans le camion. Le superviseur a essayé de bloquer le camion. Et on a… je parle comme si c’était moi. Ce n’était pas moi là, mais le CTI est parti et la superviseure a appelé la police pour dire que quelqu’un venait de kidnapper deux de ses travailleuses.

Alors, en fait, la police a arrêté le camion puis a demandé des questions à tout le monde pour voir si on avait comme kidnappé ces femmes. Même si les femmes disaient clairement au superviseur. Et la police nous a laissé partir. Mais finalement, ces femmes-là n’ont jamais pu retourner travailler là. Puis on a dû les aider à trouver un autre employeur.

Mais il faut dire que dans cette situation-là, l’employeur gardait les documents. L’employeur a gardé, a bloqué toutes les travailleuses de parler avec des gens de l’extérieur. Elles n’avaient pas le droit d’avoir des invités. N’avaient pas le droit de quitter la ferme seule. Et quand elles ont dit qu’elles voulaient chercher des soins médicaux, en fait, l’employeur leur a coupé le lien d’emploi. Ce qui est illégal en plus.

C’est sur le continuum de la traite. Et ces femmes-là, parce qu’elles ont essayé de faire respecter leurs droits de santé, elles ont perdu leur statut. Elles ont passé plusieurs mois sans revenus. Elles n’avaient pas le droit. Elles ont dû faire toutes sortes de recours pour avoir accès aux soins de santé. Parce qu’on a appris aussi que l’employeur, aussitôt qu’elles ont quitté la ferme, il a appelé la RAMQ pour annuler leur assurance médicale. Alors, on a dû faire comme réactiver ça. Et c'est vraiment encore une fois, c’était l’employeur qui bloquait… qui ne respectait pas les droits de ces femmes-là, mais c'est elles qui ont vécu des mois sans revenus, sans assurance maladie et qui ont mis en danger le bien-être de leur famille parce qu’elles ne pouvaient pas envoyer d’argent. Il n’y avait pas vraiment de logement d’urgence possible pour elles. Alors, elles sont restées dans la maison d’un membre du CTI durant quatre mois. Et ça n’existe pas vraiment un bon système de protection pour les femmes travailleuses comme ça.

Josée Mensales : 

[0:19:47] C’est elle qui a été un peu l’instigatrice derrière le programme Les Survivantes. Cette jeune fille-là a été élevée dans des conditions, bon, elle avait un lien familial normal pour commencer. Et elle, dans son parcours, dès l’âge de 15 ans, a vécu la séparation de ses parents, un déménagement avec une maman qui est tombée dans l’alcoolisme. Donc, c’est une survivante en fait qui a croisé le parcours, qui a commencé en fait son parcours lorsqu’elle a croisé son trafiquant qui s’est présenté comme un amoureux, qui s’est présenté comme sous le sceau de la séduction. A vu qu’elle avait beaucoup de responsabilités sur les épaules de par ce qu’elle vivait à la maison. Et elle a pensé en fait à quelque chose, au contraire, qui lui apporterait une façon de survivre, d’offrir à ses plus jeunes frères et sœurs ce qu’ils n’avaient pas. Et elle est partie en pensant qu’elle reprenait le contrôle de sa vie et qu’elle avait trouvé le parcours idéal.

Malheureusement, elle aurait été pris pendant près de cinq ans dans ce phénomène-là. Parce que c’étaient justement des membres du crime organisé qui étaient impliqués. Et plus tard dans son histoire, a décidé de porter plainte. Et pourtant, elle était très récalcitrante. Elle était très, très, très méfiante par rapport à la police dû à tous les mythes et ce qui avait été mis en place. Et contre toute attente, elle a témoigné et a fait arrêter les trafiquants qui fonctionnaient dans une cellule familiale.

Et elle est revenue à nous parce qu’elle est revenue vers le service de police en disant : « Qu’est-ce que je peux faire? Je ne peux pas croire que j’ai vécu ça en vain! Je refuse que ça se passe comme ça. Je veux prendre part d’une façon quelconque pour changer les choses ». Non seulement elle est encore à nos côtés, de façon beaucoup plus diluée aujourd'hui. Parce que cette jeune femme-là a rencontré son conjoint, s’est mariée, a eu des enfants, a repris le contrôle complet de sa vie. Elle a aidé à monter ce programme-là. A aussi contribué à l’outil Pour l’amour de mon pimp. A partagé son histoire pour justement éviter le sensationnalisme, mais vraiment aller dans un partage pédagogique pour aider d’autres personnes qui sont aux prises avec ça. 

Nancy Roberge : 

[0:22:12] Il me semble qu’au Canada, acheter des services sexuels, c’est criminel. 

Nathalie Basmadjian : 

Effectivement, depuis 2014, on a une loi au Canada qui rend l’achat de services sexuels criminel, un acte criminel. Et le fait de profiter de la prostitution d’autrui est criminel. La différence, c’est que les femmes sont décriminalisées. Les femmes sont considérées comme des victimes.

Le problème, c’est que la loi est peu appliquée et que les ressources pour les victimes sont inexistantes. Alors, nous, on pense que si on s’inspirait de la Suède, la loi, elle a été inspirée de la Suède qui a adopté une loi similaire en 1999. Mais il y a… la loi est appliquée. C'est-à-dire que si un client ou un proxénète… bon, un proxénète, moins, mais un client, si admettons il est arrêté, il va y avoir des conséquences. Il va avoir une contravention. Il va y avoir une obligation d’assister à un John school pour rencontrer des femmes dans l’industrie du sexe pour qu’elles puissent partager c’est quoi leur vécu, c’est quoi les conséquences. Et s’il y a des récidives, bien, à ce moment-là, il y a des peines de prison.

Ce qui fait en sorte qu’aujourd'hui, c’est vraiment mal vu la consommation de services sexuels. En Suède, ce n’est pas pratique commune, ce n’est pas banalisé d’aller chez les danseuses nues comme ce l’est ici, malgré la loi. Tout simplement parce que la loi n’est pas appliquée.

Et si je prends l’exemple de la France où est-ce que des allocations de sortie sont offertes aux femmes qui sont en processus de sortie, ça fait une différence dans leur vie. Donc, si on s’inspire de ces deux pays-là, d’offrir des réelles alternatives aux femmes pour s’en sortir et qu’il y ait vraiment des conséquences sur les clients, bien, peut-être que les choses pourraient changer, les mentalités. Ce qui s’est passé en Suède, c’est que les mentalités ont changé. 

(pont musical) 

Nancy Roberge : 

[0:24:25] C’est quoi les tactiques qui sont employées par les trafiquants? 

Josée Mendales : 

Donc beaucoup de nos trafiquants vont maintenant se présenter comme artistes, comme rappeurs, comme propriétaires de maison de disque. Vont se présenter comme propriétaires de trucs à tatous. Parce qu’on sait qu’une des façons de nourrir un peu le narcissisme de nos trafiquants, c’est de justement marquer les filles comme si elles étaient leur propriété. Donc, ça devient un… quand même une mise en scène assez favorable pour ces artistes-là ou ces tatoueurs-là donc qui sont en réalité nos trafiquants.

Pour une autre portion, parce qu’il y a quand même différents profils, on a aussi nos trafiquants de stupéfiants qui vont cibler des gens qui sont en situation difficile, en situation d’itinérance, problème de consommation. Donc, vos les amener à consommer de plus en plus de produits plus coûteux, leur offrant des besoins de survie de base. Ça peut être de la nourriture, un toit, une appartenance. Ça a l’air fou, mais souvent, la quête à l’identité s’applique, peu importe le niveau de société ou dans quel milieu on a grandi. Et ça, c’est quelque chose qu’elles ont beaucoup en commun et dont nos trafiquants peuvent se servir.

Ils n’hésiteront pas non plus à faire approcher les victimes par d’autres femmes. Parce que le lien de confiance est beaucoup plus facile.

Donc ça, ce sont des tendances qu’on a observées avec les années qui sont assez présentes. Et aussi ce qui a changé, c’est toute la mobilité. Parce que même si on grandit dans une ville ou dans une communauté très éloignée d’un centre urbain, on peut très bien être en contact avec un trafiquant à distance via les médias sociaux.

Donc, on peut orchestrer des plans pour les attirer. Et une fois qu’elles sont attirées dans un milieu qui est loin de leur point d’attache, leur lien de confiance, les points de service qu’elles connaissent, bien, on vient de les isoler de par le fait même.

Pour nos Québécoises qu’on voit beaucoup maintenant, c’est des filles qui sont amenées vers l’Ouest canadien. On voyait beaucoup Toronto, parce qu’on était près des lignes. Vers l’Ouest canadien parce que les filles valent plus dans ces régions-là dû à tous les chantiers de construction. Donc, et c’est aussi une façon de les isoler par la barrière de la langue et physiquement aussi.

Encore une fois en s’assurant de promouvoir plutôt une espèce de… excusez l’anglicisme, mais un road trip, une espèce de voyage où elles croient qu’elles vont faire exception, qu’elles ne seront pas obligées de prodiguer des services sexuels.

Donc, on va passer aussi par tout le réseau de la fraude pour les rendre en fait participatives à la criminalité, une forme de petite criminalité. Et on va les menacer ensuite du fait qu’elles prennent part ou elles ne sont pas opposées. Elles ont fait de la fraude. Ou elles ont vu ce qui se passait. Elles n’ont pas parlé. Donc, ce sont toutes des tactiques qu’on voit de plus en plus qui évidemment sont en fait de la manipulation. 

Nancy Roberge : 

[0:27:33] Ce que je comprends, c’est qu’il y a beaucoup de droits humains qui ne sont pas respectés par la traite humaine. On pourrait dire que c’est lesquels? 

Nathalie Basmadjian : 

Déplacer les femmes dans d’autres provinces est une pratique courante. Une fois dans d’autres provinces, les femmes sont bien entendu isolées de leur milieu, de leurs proches. Elles sont privées d’argent souvent, de leurs pièces d’identité. Elles peuvent faire face à des barrières linguistiques. Donc des femmes francophones qui sont dans des provinces anglophones ou des femmes allophones qui ne parlent ni français ni anglais. Cette vulnérabilité rend la manipulation plus facile. Il peut avoir aussi l’intimidation et la force physique qui peuvent être utilisées pour les dominer et les exploiter. Il peut avoir des menaces de les dénoncer à leur famille. Donc, elles vivent beaucoup de honte et de peur. Ce qui rend les dénonciations à la police vraiment pas fréquentes. Et souvent, les femmes ne connaissent pas leurs droits. 

France Laforge : 

Bien, en fait, dans ce qui vient d’être dit, on voit que la traite humaine, ça se situe au bout d’un continuum d’exploitation et qu’il y a plusieurs droits qui sont reconnus ici comme essentiels au respect de la dignité des personnes et qui sont violés dans les situations de traite. On parle ici par exemple du droit à circuler librement, d’être libre de ses déplacements. Par opposition à être enfermée, à être séquestrée, à être déplacée de force. Être dans une situation où c’est impossible de retourner chez soi.

Alors, il y a le droit aussi à la sécurité, à sa sécurité physique et à son intégrité physique. Contrairement au fait d’être menacée, d’être violée ou d’être violentée physiquement. Il y aurait 85 % des femmes qui sont actives dans le système prostitutionnel et qui seront un moment donné ou l’autre victime de violences ou d’agressions physiques. 

Il y a aussi le droit à être traitée avec dignité et avec respect. Traitée comme une personne humaine, et pas comme une marchandise ou un objet qu’on peut utiliser, qu’on peut exploiter à sa guise pour son propre profit.

Et dans le cas du travail forcé, on contrevient aussi aux normes du travail. On s’est donné au Québec des conditions de travail minimales à respecter pour avoir une certaine qualité de vie. On pense ici au salaire minimum. À un contrat de travail clair. À des engagements qui sont respectés autant par le travailleur que par l’employeur. On pense à des semaines de travail avec un nombre d’heures qui est limité parce qu’on veut préserver la santé des travailleurs. On pense avoir accès à des soins de santé quand on est malade.

Alors, tous ces droits-là, dans les cas de traite, sont niés ou sont bafoués. Et il y a aussi le droit à pouvoir se défendre. Se défendre quand on est dans une situation où on est exploitée. Alors, le droit à faire cesser cette situation-là puis à pouvoir en parler librement.

Alors dans la traite, on fait face à un cumul de violations des droits humains et on se situe au bout du spectre de l’exploitation. 

Nathalie Basmadjian : 

[0:31:14] Il y en a fait plusieurs situations de violence qui sont dénoncées par les femmes à la CLES. Les clients veulent des services qui sont de plus en plus dénigrants et dangereux. Je parle… je pense par exemple à des services complets sans condom, qui a été négocié à l’avance avec le proxénète. Quand la femme refuse, il peut y avoir des voies de fait, des viols. 

Nancy Roberge : 

[0:31:38] Pour un professionnel de la santé ou même pour un citoyen ou pour des gens proches, ça va être quoi les signes pour reconnaître une victime de traite? 

Josée Mendales : 

Quand on parle de la traite, évidemment, il existe plusieurs signes qui permettent de dépister. Les meilleurs en fait pour dépister sont souvent les proches, sont les parents, sont l’entourage, une tante, les amis. Pourquoi? Parce que c’est tout changement soudain dans le comportement d’une personne. Ça peut être la façon de se vêtir. Ça peut être un changement dans les goûts. Tout d’un coup, on se redéfinit autrement. On semble avoir des influences. Des fois, c’est difficile à l’adolescence de départir, parce qu’on est en quête de l’identité. Par contre, il y a quand même des signes qui peuvent durer dans le temps qui sont… qui ne sont pas dans la normalité pour cette personne-là. Donc, c’est pour ça que je dis que les proches, souvent, sont les mieux placés pour les identifier.

Donc, ça peut être un changement soudain dans le cercle d’amis, dans le cercle des proches. Ça peut être un changement soudain quand on voit des gens qui, par exemple, étaient très impliqués dans le sport. Soudainement, vont cesser tout d’un coup, sans trop savoir pourquoi. S’investissent dans une lignée, dans leurs études, et soudainement vont mettre fin à ça pour se lancer dans quelque chose qui est complètement différent.

Donc, ça peut être des signes au niveau du comportement qui sont assez faciles à identifier. Ça peut être aussi, on peut remarquer des gens qui vont s’absenter plusieurs jours sans trop expliquer pourquoi. Donc, c’est comme nébuleux. Ça peut être des signes, ça, de justement l’intégration de quelqu’un dans ce marché-là. Ça peut être aussi s’apercevoir que par exemple notre enfant ou notre proche n’a pas accès à ses pièces d’identité ou demande soudainement le passeport. N’a plus ses pièces sur elle. Donc ça, c'est une des façons que nos trafiquants vont les garder captifs aussi. Ils vont leur dire : « Je prends tes pièces pour s’assurer que tu ne te les fais pas voler », mais souvent vont être utilisées pour les revendre au niveau de l’identité ou pour leur fournir des pièces d’identité leur donnant un âge majeur. Donc, c’est aussi pour les garder captifs. Donc ça, c’est quelque chose qu’on voit qui est assez commun. 

Autre chose, soit la personne a trop d’argent subitement et n’a pas nécessairement, ça ne se justifie pas par le petit emploi qu’elles peuvent occuper. Ou vont apparaître avec des cadeaux, des pièces de vêtement puis qui n’ont pas nécessairement les sous pour se procurer ça. Ou le contraire : n’a jamais d’argent sur elle. Donc, toutes les paies rentrent, mais il n’y a plus rien dans les coffres. Il n’y a plus rien dans le compte de banque. On ne sait pas trop où ça s’en va. Ça peut être aussi plus drastique. Et souvent, ça, c’est banalisé. Les marques de violence. Donc, quelqu’un qui apparaît avec des marques sur les bras, qui a souvent des excuses bidon par rapport à comment ils se sont blessés. Ça peut être souvent l’apparition d’ITSS. Donc, des infections transmises sexuellement à répétition. Ça peut être des grossesses non désirées.

Pour ceux qui sont dans la consommation, qui ont déjà une problématique, ça peut être une augmentation de cette consommation-là. Ça peut être aussi de la manifestation par la santé mentale. Donc, il y a des guichets d’accès qui vont recevoir des jeunes filles qui sont en crise de panique, en crise d’angoisse sévère. Vraiment des signes pouvant se rallier au choc post-traumatique. De là l’importance de travailler en équipe multidisciplinaire.

Nancy Roberge : 

[0:35:06] Comment on peut faire avancer les meilleures pratiques en termes de protection des victimes ou protection des survivantes? 

Nathalie Basmadjian : 

Nous, à la CLES, on pense, on veut leur sécurité. On utilise l’approche de réduction des méfaits. On considère que c’est un outil. Pour nous, ce n’est pas une fin en soi. On va les encourager à aller plus loin. Et si elles veulent, on va les accompagner dans le processus de sortie.

Alors, on les accompagne où elles sont rendues dans le respect de leur rythme et de leur objectif. On utilise une approche féministe qui est basée sur l’égalité et la solidarité entre femmes. C’est une relation qui n’est pas basée sur un lien d’experte aidée. On considère que les femmes sont les expertes de leur vie et que nous sommes des accompagnatrices dans leur cheminement.

Ce qui est très important, c’est l’accompagnement des femmes, l’accompagnement dans leur processus de réflexion, mais aussi l’accompagnement physique. À la CLES, on est limitées. On a besoin de partenaires, de services complémentaires pour les aider à s’en sortir. Et on a réalisé qu’en les accompagnant physiquement vers ces services-là, l’accessibilité était plus facile, puis la pérennité dans le… la création du lien avec l’autre personne-ressource est facilité avec la présence d’une intervenante de la CLES.

Josée Mensales : 

Donc, on a créé en fait ce programme-là pour leur permettre de prendre part justement aux formations, apporter un regard plus humain sur ce qui se passait là. D’apporter une expertise qui ne s’apprend pas dans les livres non plus, qu’on ne peut pas aller chercher à l’école par exemple. Et aussi c’est une question d’échange. Donc, le SPVM les embauche. Donc question de permettre une certaine acquisition de compétences. Des fois, ça peut être un enjeu en sortant de la traite de personnes. On n’a pas nécessairement eu l’expérience, pour celles qui ont commencé très jeunes. Se refaire en fait de ça, de se présenter devant un futur employeur, ça peut constituer un enjeu majeur qui les garde captives pendant un certain temps des fois de ce milieu-là, de ce marché-là.

Donc, c’est un peu un échange qu’on fait. On leur monte un CV par rapport à ça. Et ces femmes-là ont vraiment, sont devenues à la fois le poumon et le cœur de ce programme-là. Souvent, dans la façon de faire après, dans notre façon de fonctionner, notre façon de travailler, ça va paraître, sans même qu’on ait dit un mot.

Donc je pense que ça, il faut s’en inspirer. Et c’est un peu ce qu’on tente de faire avec les organismes, l’aide des organismes autochtones qui œuvrent en centres urbains, mais aussi avec les gens des communautés qui s’impliquent. Donc, ce partage-là, on a même à apprendre d’eux, parce que même le partage intergénérationnel qu’ils vont beaucoup plus mettre en place, qui s’est un peu perdu au fil du temps dans la société allochtone. Donc, c’est des exemples, mais c’est vraiment ramener ce caractère humain-là dans ce qu’on déploie comme solutions.

Et on a aussi un volet qui s’adresse à tout professionnel. Donc, on parle des professionnels, ça peut être des intervenants sociaux en centre jeunesse, ça peut être des psychoéducateurs dans les milieux scolaires. Ça peut être adressé à des professionnels de la santé. Donc, on a fait… on forme régulièrement des étudiants en médecine, des gens qui étudient en soins infirmiers. Donc, l’idée est de développer justement un système de dépistage et de les informer en fait des signes à observer, des tangentes pour que ces gens-là puissent devenir en fait des agents multiplicateurs et surtout des gens qui vont potentiellement dépister tôt des gens qui seraient dans des situations assez dangereuses. Donc, et pour développer un partenariat.

Plus les gens autour de cette personne-là, donc, je parle des liens familiaux, des liens d’amitié, n’importe qui qui pourrait avoir un lien de confiance, ou encore les professionnels qui peuvent œuvrer autour de la personne ont une connaissance par rapport au phénomène. Ils n’auront pas des réactions démesurées. Ils vont avoir une écoute sans toutefois vouloir prendre action pour la personne. Parce que ça aussi, des fois, ça peut déconstruire. C’est un réflexe naturel qu’on peut avoir, mais on ne sauve personne. Il faut que cette personne-là, il faut lui redonner ce contrôle-là.

Donc, le simple fait d’écouter une personne dans ce qu’elle a à raconter, en respectant son rythme, pas essayer d’aller au-delà des limites et des balises que cette personne-là peut avoir et de rester présent et d’être très patient, ça, c’est beaucoup plus porteur de succès que quelqu’un qui essaie de régler ça en une rencontre ou se frustre parce que la personne n’est pas prête à donner ou va donner des petits bouts d’information. 

(pont musical) 

Nancy Roberge : 

[0:40:03] Et puis est-ce qu’il y a des actions que nous, on peut poser, chacun, chacune, dans la société, pour agir contre la traite des personnes? 

France Laforge : 

Quand on parle de lutter contre la traite, on fait souvent référence aux quatre P qu’on appelle. Donc, il y a la prévention, la prévention des situations de traite, la protection des victimes, la poursuite des exploiteurs, des proxénètes, et le partenariat entre les différents intervenants qui agissent directement auprès des victimes.

Un axe important, très important dans les actions du CATHII, c’est le plaidoyer. Le CATHII souhaite influencer les décideurs et les acteurs politiques de tous les paliers, ça peut être au niveau fédéral, provincial, municipal, pour faire avancer la prévention, la protection, et aussi le partenariat entre les intervenants. Puis toujours dans une optique de mieux soutenir les victimes et les survivantes de la traite.

Josée Mensales : 

Les services allochtones ont grandement besoin de par tous les faits historiques, on sait qu’il y a une certaine méfiance par rapport à l’application de l’ordre, au niveau des services allochtones, la DPJ par exemple. Donc, c’est important de travailler main dans la main avec les gens à partir des communautés et dans les centres urbains. Et encourager ce partenariat-là pour justement rendre nos services beaucoup plus culturellement adaptés.

France Laforge : 

[0:41:34] On peut se tenir informé sur ce qui se passe au niveau de la traite et on peut aussi essayer de reconnaître ou d’apprendre à reconnaître quels sont les signes d’une personne qui serait dans une situation de traite. Une des choses importantes peut-être qu’on peut faire, c’est de soutenir puis d’encourager des initiatives qui visent à éliminer la pauvreté. Parce que la traite est intimement liée aux inégalités sociales. Puis finalement, faire la promotion peut-être de plus d’égalité entre les hommes et les femmes. 

Comme outil, il y a aussi la ligne nationale d’urgence contre la traite des personnes qui est accessible sept jours par semaine, 24 heures par jour, et qui peut aider des personnes en situation de vulnérabilité, d’exploitation, de traite potentielle à obtenir de l’aide, avoir accès à des ressources d’aide. Le numéro de téléphone est le 1-833-900-1010. 

Jill Hanley : 

[0:42:37] Je pense que quelque chose qui est vraiment à la base, c'est le lien fermé d’emploi entre les travailleuses et les employeurs. Déjà, s’il y avait des permis de travail sectoriels où elles avaient le droit de travailler dans n’importe quelle ferme par exemple ou bien celles qui sont en entrepôt, n’importe quel entrepôt, n’importe quel secteur, là, ça mettrait un peu plus de responsabilités sur les employeurs d’offrir des conditions décentes pour garder leurs travailleuses. C’est la base de notre relation de travail dans le monde, mais au Canada… Alors premièrement, je pense que ça, c’est un vrai problème, le lien de permis de travail fermé.

Nathalie Basmadjian : 

[0:43:25] Donc, le besoin, je pense que ça serait d’avoir une ressource d’hébergement adaptée avec tous les services sous un même toit pour répondre aux besoins des femmes. Si ce n’est pas possible d’avoir tout sous un même toit, au moins avoir des ententes de service avec des partenaires qui ont été sensibilisés et eux aussi qui ont adapté leurs services pour répondre à leurs besoins. 

La pauvreté est une grande réalité. L’aide sociale est vraiment insuffisante. On pense qu’une allocation de sortie sur cinq ans pour les femmes qui sont en processus justement de sortie afin de leur permettre de prendre soin d’elles, de faire un retour aux études, un retour sur le marché du travail, rebâtir une confiance en soi, un réseau social, c’est au moins cinq ans. Ça fait que d’avoir un soutien. Parce qu’elles n’ont pas besoin de s’en faire pour l’argent. Elles n’ont pas besoin de s’en faire pour un hébergement. Elles peuvent se déposer et s’occuper d’elles, ça, ça peut vraiment contribuer à ce que le processus de sortie soit une réussite.

Josée Mensales : 

[0:44:29] Si chaque femme dans notre société dans notre société s’investissait auprès des plus jeunes, par des petits gestes, là. Ça peut être améliorer sa communication, ça peut être écouter son enfant, lui poser une question comment a été sa journée, pour amener cet enfant-là à être beaucoup plus sûr d’eux, d’avoir un lien de confiance qui est fort, c’est d’amener ces jeunes-là en fait à avoir un sens plus critique sur ce à quoi ils adhèrent. Puis c’est de les amener aussi à être beaucoup plus sûrs d’eux. Et plus outillés face à ces dangers-là. Et ça, ça fait des miracles. Ça va faire des jeunes, des jeunes filles qui vont devenir les femmes de demain. Ça va faire des jeunes qui vont à leur tour être des modèles pour les autres qui suivent. 

Nancy Roberge : 

[0:45:14] Le CATHII a créé la Coalition québécoise contre la traite des personnes. Donc ça, pourquoi vous avez créé cette Coalition-là et puis qui elle rassemble? 

Claudette Bastien : 

Nous avons trouvé que c’était vraiment une bonne façon de venir en aide aux victimes. Parce qu’il y a un éventail, dans une coalition, il y a un éventail de ressources pour les victimes de la traite. Et c’est en 2013 que nous avons lancé la Coalition québécoise contre la traite de personnes pour venir en aide aux victimes de la traite. Et ça permet aussi le réseautage. Et aussi ça permet, à travers la Coalition, de développer une vision face à la traite, à développer une façon de voir la traite de personnes. Et ça renforce tout ce réseau-là de personnes. Et ça permet d’être plus efficace pour venir en aide aux victimes de la traite. Elle rassemble des organismes communautaires. Elle a aussi des ressources en hébergement, des ressources en accompagnement, des ressources aussi pour… il y a des centres jeunesse qui en font partie. Il y a aussi la sécurité publique en fait partie aussi. Alors, on a quand même tout un éventail de services.

Nancy Roberge : 

[0:46:26] Il me semble, Claudette, qu’on ne parlait pas du tout de traite de personnes, il y a comme une quinzaine d’années. Donc, ça vient d’où la naissance du CATHII? 

Claudette Bastien : 

Alors nous, les communautés religieuses, nous avons une organisation internationale des Supérieures générales. Alors, ce sont elles qui nous ont demandé de travailler cette problématique de la traite des femmes et des enfants. Alors, nous, au Québec, on a pris ce défi-là au sérieux. Nous avons formé le CATHII. Maintenant, nous sommes 18 communautés religieuses.

Alors, les actions du CATHII se déploient selon quatre axes. Alors la recherche, l’analyse, la formation et la sensibilisation, l’amélioration des services aux victimes et le plaidoyer.

Nancy Roberge : 

[0:47:13] On vient d’en apprendre un peu plus sur la traite humaine. Aussi sur ce qu’on peut faire comme citoyen. Et on vient d’entendre plusieurs intervenantes nous dire de rester informés, dont France qui nous parle aussi de rester à l’affût, de se renseigner. On peut rappeler aussi l’adresse du site web du CATHII où il y a beaucoup d’informations. C’est le cathii.org. CATHII.org. J’espère en fait, dans les prochaines années, qu’on pourra faire une différence et puis qu’on pourra enrayer la traite humaine ici au Québec, au Canada, et aussi de par le monde. 

(pont musical) 

FIN D’ENREGISTREMENT