Module de formation : Homophobie à l'école.

Les collègues de travail

Comment aborder la question de l’homophobie avec vos collègues de travail 1

Quelques suggestions...

Surmontez les réticences dès le début.

Beaucoup d’enseignants pourront d’abord envisager avec scepticisme un programme de perfectionnement sur l’homophobie. Certains s’y opposeront ouvertement en faisant valoir des arguments de nature religieuse ou personnelle. Plusieurs y verront un « lavage de cerveau » ou une acceptation forcée de l’homosexualité : méfiants quant aux véritables visées du programme, ils pourraient rapidement se soustraire à n’importe quelle activité, même si elle est bien pensée et bien présentée.

Les membres du personnel enseignant doivent sentir que les formateurs respectent leurs convictions personnelles et leur désir de garder pour eux-mêmes leurs sentiments à l’égard des gais et lesbiennes. Nous avons tous des attirances et des incompatibilités. Cependant, lorsqu’il s’agit de nos élèves, nous n’avons pas le droit de laisser nos opinions personnelles nuire à notre conduite professionnelle. Le personnel doit se rendre compte que c’est sur cette conduite professionnelle que porte la formation.

Afin d’illustrer de quelle manière le comportement d’un enseignant peut influencer les réactions de ses élèves et leur épanouissement, voici le témoignage d’une femme : « En première année du primaire, j’ai eu une enseignante qui nous disait qu’elle croyait fermement que tous les Juifs iraient en enfer parce qu’ils ne reconnaissaient pas le Christ comme leur sauveur. Étant moi-même de religion juive, inutile de dire que cela me faisait peur. Malheureusement, mon enseignante avait le droit de le croire. » C’était la liberté de conscience et d’opinion de cette enseignante. De nos jours, elle ne pourrait pas tenir de tels propos devant sa classe et créer un climat antisémite qui empêche les élèves juifs d’étudier. Même si cette enseignante peut encore le penser, elle ne pourrait pas l’exprimer dans le cadre de ses fonctions. Les autorités scolaires prendraient des mesures pour l’empêcher d’émettre ce type d’opinion.

Une part importante du travail des enseignants consiste à soutenir tous les élèves dans leur processus éducatif. Si des préjugés personnels les empêchent de respecter cette exigence, il leur faut réviser leur conduite pour la rendre plus professionnelle et respectueuse des droits des élèves. Si on aide les enseignants à comprendre que cela vaut aussi pour leur conduite envers les homosexuels, malgré les opinions personnelles qu’ils pourraient entretenir à leur endroit, on peut les amener à admettre le bien-fondé de cette formation.

Débarrassez-vous du facteur culpabilité.

Les gens se sentent souvent coupables lorsqu’on discute de préjugés. Pour éviter ce sentiment de culpabilité, plusieurs refusent d’aborder le sujet, croyant que les ateliers ont pour but d’accentuer ce sentiment. Or, l’homophobie et l’hétérosexisme sont des attitudes profondément enracinées, que toute personne adopte à des degrés divers, quelle que soit son orientation sexuelle. Il est important d’amener les participants à le reconnaître dès le début de l’atelier. Comme nous avons tous été éduqués au sein de la même société, nous avons inévitablement intériorisé ses préjugés. Il est illusoire et naïf de penser qu’on peut échapper d’une façon ou d’une autre à des comportements aussi omniprésents que l’homophobie et l’hétérosexisme. Si personne n’est complètement à l’abri des préjugés, personne n’a lieu de se sentir coupable. Parlez-en dès le début et réglez la question une fois pour toutes. Cela aidera les participants à saisir le message du formateur au lieu de s’empêtrer dans leurs propres réactions à ce message.

Faites le lien entre la formation et les valeurs fondamentales de l’école.

Beaucoup d’enseignants redoutent la formation conçue à leur intention. Ils ne voient pas en quoi elle pourrait leur être utile dans leur travail et la considèrent comme une futilité n’entretenant aucun lien avec leur tâche. Sur un sujet aussi manifestement « étrange » que l’homophobie, la probabilité d’une réaction de ce genre au sein du corps enseignant est assez élevée.

Collez à la réalité.

L’enseignant a le souci du bien-être de ses élèves. S’il ne voit pas la pertinence d’un sujet pour ses élèves, son intérêt diminue rapidement. Il est parfois difficile de surmonter cet obstacle lorsqu’on aborde les problèmes liés à l’homophobie. Le climat d’hostilité envers l’homosexualité dans nos écoles est tel que rares sont les élèves homosexuels qui osent révéler leur orientation sexuelle au personnel. Plusieurs membres du corps enseignant pensent alors que ce problème ne concerne nullement leurs élèves.

Le recours à des témoignages d’élèves est le meilleur moyen de coller à la réalité. Cela peut se faire de trois façons : 

  • des témoignages faits de vive voix par des jeunes avec qui on peut entrer en contact par l’entremise de groupes locaux de soutien de la jeunesse, comme le G.R.I.S. (Groupe de recherche et d’intervention sociale)Cet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre.
  • la « lecture collective », une technique par laquelle les membres du personnel lisent tour à tour à haute voix des témoignages recueillis auprès de connaissances;

Voilà qui renforcera chez les enseignants le sentiment que ce problème a des liens réels avec leur tâche quotidienne.

Faites place à la parole.

Sur un sujet comme celui-ci, les gens ont particulièrement besoin de parler. Compte tenu de la rébellion actuelle envers tout ce qui s’apparente à la « rectitude politique », il est primordial, lorsqu’on aborde l’homophobie, de donner à tous l’occasion de se faire entendre, même si ce qui se dira ressemble à de la « déviance politique ». En donnant aux gens l’occasion de participer au débat plutôt que de leur offrir LA solution, le message aura beaucoup plus de chances d’être bien reçu et de « passer ». Comme le dit l’adage : « Plus j’entends, plus j’oublie; plus je vois, plus je me souviens; plus j’agis, plus je comprends. » Ainsi, plus vous laisserez les participants réfléchir et parler d’eux-mêmes, plus ils seront enclins à vraiment participer au débat.

Suggérez des mesures concrètes.

Il n’y a rien de pire que d’être sensibilisé à un problème et de ne pas savoir quoi faire ensuite. Plusieurs personnes se sentent mobilisées et prêtes à passer à l’action après une série d’ateliers. Certains sont déçus et frustrés devant la difficulté de transformer leur prise de conscience en gestes concrets. En donnant des exemples de gestes à poser, on peut donner aux enseignants le pouvoir d’appliquer ce qu’ils auront appris et d’aller plus loin.

Désignez une ou un responsable du suivi.

C’est bien d’avoir en main un « plan en dix étapes », mais qui va le concrétiser? La responsabilisation est un élément crucial : si, en présence du groupe, une personne occupant un poste clé prend en charge la réalisation des changements à apporter, ceux-ci auront plus de chances de se produire. Dans le meilleur des mondes, la mise en place d’une structure est la façon idéale de s’assurer qu’il y aura un suivi. Cela signifie qu’on forme un comité ou un groupe de travail chargé du processus de vérification. Assurez-vous par tous les moyens nécessaires qu’il y aura un suivi après l’atelier, sans quoi toute cette démarche aura été inutile.

Revenez régulièrement sur la question.

Compte tenu de l’omniprésence de l’homophobie, il est illusoire d’espérer qu’une seule séance de formation aura des effets durables. Nous avons tous assimilé l’homophobie pendant des années, et il faut du temps pour s’en défaire. Pour employer une métaphore, il vaut mieux dans le contexte recourir à la « théorie des petits pas ». C’est souvent aussi la meilleure façon d’assimiler des idées nouvelles. S’il est possible d’organiser une série d’ateliers plus courts pour donner suite à la formation initiale, le personnel aura le temps d’approfondir les notions acquises, de prendre quelques initiatives et, enfin, d’assimiler ce qu’il aura appris. En espaçant davantage les séances de formation, on aide la matière à « prendre racine » dans les esprits.

Faites participer la collectivité.

Voilà qui est assez difficile, admettons-le. Mais l’école est une collectivité, et l’équipe de formation ne peut pas travailler en vase clos. Élèves, parents et citoyens sont tous parties prenantes de nos écoles, et toute tentative sérieuse d’y apporter des changements doit les prendre en considération. Aucune formation pédagogique ne fera de l’école un endroit sûr si, passé ses portes, on laisse libre cours aux gestes et aux comportements homophobes. En outre, les parents et le milieu risquent de se poser des questions sur un « biais pro-gai » dans leur école et d’avoir des doutes ou des réticences face aux initiatives de l’équipe de formation sur cette question. Pour que la démarche soit couronnée de succès, il faut absolument qu’ils soient de la partie.

Les élèves sont évidemment les plus faciles à rejoindre. On peut les sensibiliser à la question en désignant une période de cours comme le moment d’enclencher des discussions en petits groupes restreints ou par d’autres gestes semblables. Avec les parents, c’est un peu plus difficile. On pourra par exemple trouver un parent ou un groupe de parents qui servira de porte-parole. Une mère est bien plus susceptible de prêter l’oreille à une autre mère qu’à un agent de formation du personnel. La collectivité dans son ensemble est la plus difficile à atteindre. En prenant soin de la mettre au courant du programme d’intervention et en l’invitant à y participer, on peut atténuer certaines tensions.

Toutes ces précautions ne changent rien au fait que certains adultes vont s’opposer à tout programme de ce genre. Cependant, si vous leur donnez la chance de s’impliquer et que vous établissez clairement le lien entre votre travail et la mission fondamentale de l’école, il est probable que le nombre d’adultes réticents sera réduit au minimum, et vous gagnerez de surcroît la confiance du milieu du fait que leur école est « sur la bonne voie ». Mais n’oubliez pas que si vous projetez de déloger des préjugés ancrés depuis longtemps, vous allez sûrement contrarier des gens. Ces aléas font partie du jeu et, sous bien des aspects, ils ne font que témoigner de votre efficacité.

Notes

  1. Cette partie est tirée de : Allez bravement là où peu d’éducatrices et d’éducateurs ont osé se rendre. La vie d’un élève en dépend. Pourquoi nos écoles doivent intervenir sur la question de l’homophobie. Shirley Sarna, Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, avril 2002, pages 4-9.
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