Module de formation : Homophobie à l'école.

Quelques réponses

Les effets qu’engendre l’homophobie à l’école 1

Beaucoup de jeunes découvrent leur orientation sexuelle tôt dans la vie et sont exposés à la violence homophobe, psychologique et physique, qu’ils subissent à l’école, tandis que d’autres qui en sont des témoins se questionnent dans un contexte de détresse et d’isolement. La honte et la culpabilité ressenties par ces jeunes ont un effet dévastateur sur leur estime de soi. Régulièrement mis à l’écart, ils se font insulter, menacer (intimidation, brimades, attouchements, agressions physiques), ce qui mine leur confiance en eux et leur enlève le goût de l’école2. Celle-ci devient un milieu intolérant, voire hostile. Dès lors, certains jeunes gais, lesbiennes et bisexuel-le-s ont un taux d’absentéisme élevé et des périodes épisodiques de décrochage. D’autres abandonnent carrément l’école, prenant en aversion un milieu qui les ignore ou les rejette carrément, et où ils ne se sentent pas protégés.

Les effets de l’homophobie peuvent être aggravés en raison de réactions d’indifférence et du manque de soutien de la part du personnel scolaire. En l’absence de signes manifestes d’ouverture et de disponibilité, les jeunes en questionnement ne consultent pas les intervenant-e-s ou les enseignant-e-s. D’autres vivent leur orientation sexuelle dans le secret et la honte et, craignant l’opprobre de leur entourage, ils hésitent à réclamer de l’aide3. À long terme, un adulte sur deux, gai ou lesbienne, développe des idées suicidaires en raison de la violence homophobe subie à l’école4. Le taux de suicide chez les jeunes gais et bisexuels est de six à seize fois plus élevé que chez les autres jeunes5.

Les contextes et les mobiles de suicide 6

Les problèmes des jeunes aux prises avec des idées suicidaires sont explicables par un contexte social où prévalent l’homophobie et l’hétérosexisme dont les incidences sur le bien-être et la santé mentale de jeunes gais, lesbiennes et bisexuel-le-s sont bien documentées7. Le risque d’attenter à sa vie est donc plus grand lorsque le jeune vit dans des environnements sociaux homophobes, que ce soit à l’école, dans sa famille, dans les lieux de socialisation, dans l’univers du sport et du loisir, dans les centres jeunesse et autres espaces fréquentés par des jeunes.

Les risques de suicide sont plus élevés au cours de la période de sortie, c'est-à-dire durant le processus de construction identitaire au cours duquel le jeune essaie d’accepter son orientation sexuelle et la divulgue à son entourage. En effet, la plupart des tentatives de suicide se produiraient à un moment où le jeune craint de faire sa sortie ou vient tout juste de la faire, ce qui peut accentuer ou provoquer des crises personnelles et familiales8. En soutenant leur enfant durant cette période de dévoilement, les parents exercent une forme de prévention trop souvent sous-estimée. En cas d’échec, le jeune peut être confronté à la solitude, au décrochage scolaire, à la consommation d’alcool et de drogues, à la prostitution, à l’itinérance ou encore, sombrer dans la dépression, ce qui peut le conduire vers une ou des tentatives de suicide, voire un suicide complété9. De plus, les jeunes gais, lesbiennes et bisexuel-le-s n’appréhendent pas seulement la réaction de la famille, mais également celle de l’ensemble de leur réseau social. Il est difficile pour ces jeunes d’adhérer à un groupe de pairs, que ce soit à l’école, dans leurs loisirs, dans une équipe sportive, ce qui les aiderait à surmonter les préjugés et les pressions à la conformité10.

L’isolement et la solitude morale les éloigneront peu à peu des ressources institutionnelles ou communautaires d’aide et de prévention au suicide, des lieux de socialisation, de possibles confidents au sein de la famille ou parmi leurs pairs11. En effet, les jeunes qui se posent des questions sur leur orientation ou leur identité sexuelles recherchent peu d’aide auprès des services de santé et des services sociaux. Ils craignent que les intervenant-e-s de ces établissements soient peu disposés à parler d’homosexualité (encore moins de transsexualité) et que la confidentialité de leur demande ne soit pas respectée. Le manque de sensibilisation et de formation des intervenant-e-s concernant les jeunes de minorités sexuelles constitue une limite dans la prévention du suicide des jeunes. Il incombe aux institutions de démontrer qu’elles offrent des services spécifiques pour répondre à la réalité de ces jeunes et instaurer des liens de confiance12.

Les clientèles spécifiques

Vivre en milieu rural accentue les risques de tentatives de suicide chez les jeunes gais et lesbiennes13. L’acceptation de l’homosexualité en milieu rural s’avère, en effet, encore plus difficile qu’en milieu urbain. Les jeunes dont les parents habitent une petite agglomération divulguent moins leur orientation sexuelle à leur entourage que ceux vivant dans une grande ville14. Également, certaines caractéristiques régionales sont propices à l’accentuation du sentiment d’isolement et de détresse psychologique chez les jeunes gais et lesbiennes vivant en régions : manque de ressources spécifiques destinées à cette clientèle, rareté des lieux de socialisation, étendue géographique et absence de transports en commun15.

Les jeunes de minorités sexuelles, appartenant aussi à une minorité ethnoculturelle, sont confrontés au raciste en plus de faire face à l’homophobie de la société, incluant celle de leur communauté d’origine. La double discrimination que vivent certains jeunes les rend particulièrement vulnérables. Les jeunes adultes de minorités visibles socialisent à un moindre degré avec les communautés gaies et lesbiennes, et subissent davantage de rejet de leur réseau social que les jeunes adultes des collectivités blanches16.

Quant aux jeunes transsexuel-le-s, on leur transmet un sentiment de honte et de peur par rapport à ce qu’ils représentent, qu’ils soient conscients ou non de leur identité sexuelle. Souvent rejetés par le système, sans amis, ayant quitté l’école ou le foyer familial, ceux qui se retrouvent à la rue se réfugient fréquemment dans la prostitution pour subvenir à leurs besoins et sont exposés à la violence, à un risque élevé de contamination au VIH et aux ITS, et à d’autres problèmes psychosociaux17. En outre, des témoignages révèlent que lorsque ces jeunes ont accès à des ressources, tels des groupes de discussion dans des maisons de transition, de réhabilitation, de désintoxication ou autres établissements du réseau, des intervenant-e-s exigeront qu’ils s’habillent dans le genre désigné à la naissance ou leur demanderont de ne pas divulguer leur identité sexuelle, alors que d’autres leur refuseront carrément l’accès aux services. Les parents de ces enfants sont trop souvent démunis, sans information, sans ressource. Ils ne savent pas à qui et où s’adresser.

Enfin, les jeunes de minorités sexuelles provenant des peuples autochtones devraient faire l’objet d’une attention soutenue, en raison notamment du taux de suicide très élevé chez les jeunes des communautés autochtones. Le comité ad hoc Famille, jeunesse, aînés et condition féminine estime que l’homophobie peut constituer un facteur de risque supplémentaire et, ainsi, contribuer à l’apparition d’idéations suicidaires chez ces jeunes.

Consultez le Rapport au completde consultation du Groupe de travail mixte contre l’homophobieCet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre.

Quelques témoignages

Ces témoignages ont été recueillis par Shirley Sarna, agente d’éducation, lors de sessions de formation tenues entre 2005 et 2010 dans des écoles secondaires.

La violence physique

Les homosexuels peuvent parfois être malmenés ou roués de coups. Les mauvais traitements physiques dont ils sont parfois victimes peuvent aller jusqu’à des actes de crimes haineux. Les jeunes gais et lesbiennes n’ont guère de protection contre ce phénomène. Cet état de fait est illustré par le témoignage d’un jeune homme de vingt ans, qui raconte sa vie et celle de son meilleur ami au collège :

« Beaucoup de nos compagnons de classe nous rejetaient simplement parce qu’on leur semblait étrange… On nous montrait du doigt, on nous traitait de “fifs” et de“ tapettes” et d’un tas d’autres épithètes homophobes. On nous tapait dessus, juste parce que nous étions différents. Ça n’a fait qu’accentuer notre isolement. »

La violence verbale

Il n’est pas rare qu’un jeune ou qu’un enseignant du secondaire soit témoin des propos homophobes dont les jeunes homosexuels sont fréquemment victimes. Les jeunes qui ont fait les témoignages cités ici rapportent que les expressions comme “fif”, “gouine” et “tapette” sont si régulièrement employées à l’école que peu de gens s’aperçoivent que ces propos haineux sont entrés dans l’usage courant. Comme le dit un élève : 

« On m’a appelé “tapette” tellement souvent qu’il y a des fois où j’ai l’impression que c’est mon prénom. »

L’itinérance

Beaucoup de familles réagissent vivement lorsqu’elles s’aperçoivent qu’un des leurs est homosexuel. Un jeune homosexuel de dix-huit ans en témoigne :

« Je me rappelle que juste avant de décrocher de l’école secondaire, je me sentais seul et vraiment pas à ma place. Je n’ai jamais bien compris pourquoi je me sentais si différent. Je ne pouvais tout simplement plus le supporter. Je n’avais nulle part où aller, personne à qui parler. Quand j’ai fini par me confier à une conseillère scolaire, elle a foutu ma vie en l’air. Elle est allée voir mes parents et leur a répété tout ce que je lui avais dit. Ils m’ont mis à la porte de chez moi en juillet. Il y a eu de la violence. Ma mère m’a assailli avec un fer à repasser, et j’ai dû appeler la police. Quand le policier est arrivé, ma mère lui a dit que j’étais toujours rendu avec des fifs et que je faisais ceci et cela. Le policier s’est mis à sortir un tas de blagues sur les tapettes. Il m’a dit ce qu’il ferait si ses enfants étaient homos et m’a simplement conseillé de partir. J’ai dit : “Où est-ce que je suis censé aller?” »

La toxicomanie

Sous une telle pression, beaucoup de jeunes gais et lesbiennes se tournent vers l’alcool et la drogue pour fuir leurs problèmes. Un jeune homme de dix-sept ans confie :

« J’ai passé plus d’une soirée, seul, à sangloter en éclusant un verre après l’autre. »

Le décrochage

Certains jeunes homosexuels décrochent carrément de l’école afin d’éviter le harcèlement, la violence et l’aliénation qu’ils y subissent. Une jeune lesbienne de dix-sept ans parle du malaise qui l’a poussée à décrocher :

« Je pense que ce qui a changé le plus pour moi après ma sortie du placard, c’est l’école. À l’école, je ne peux pas me sentir à l’aise avec mon homosexualité, alors je ne me sens pas libre d’être moi-même. Depuis un an, ma vie est devenue très instable. Mon assiduité à l’école diminue constamment, et l’école est devenue un lieu que je ne veux plus fréquenter. J’ai peur des affrontements qui pourraient m’arriver... Tout a changé depuis qu’ils savent que je suis lesbienne. »

Le suicide

L’élève dont nous avons rapporté plus haut les propos sur la violence témoigne du dénouement tragique de l’histoire de son meilleur ami :

« Un soir Richard sortait de la bibliothèque. Deux types l’attendaient à l’arrière de sa voiture. Il ne les avait pas remarqués en montant à bord, alors qu’il s’apprêtait à faire le trajet de cinq minutes qui le séparait de la maison de ses parents. Un bras a surgi de l’ombre et a tiré le cou de Richard fermement vers le siège. Un autre bras, sorti de nulle part, a commencé à le frapper aux côtes. Terrorisé, sans défense, impuissant, il s’est fait tabasser dans sa propre auto. Après, il avait trop honte pour rentrer chez lui, parce que ses parents auraient vu son œil au beurre noir et son nez en sang. Alors il a roulé au hasard, tout seul avec sa douleur. Il a dit qu’il n’avait aucune idée qui l’avait battu. Le seul mot que ses agresseurs ont prononcé est « tapette ». Quelques mois plus tard, ma sœur m’a appelé. Elle m’a dit que Richard s’était rendu dans une rue déserte au volant de sa Ford Escort marron et qu’il s’était suicidé en laissant tourner le moteur. »

Devant ces situations, que peuvent faire les enseignants ? D’une part, ils peuvent prendre diverses initiatives en s’inspirant des pistes d’action, proposées à l’étape 3, d’autre part, ils peuvent sensibiliser leur direction d’école à la nécessité de mettre en place les ressources pertinentes pour aborder les problématiques en cause.

Notes

  1. Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, op.cit., p. 25.
  2. MARTIN, D. et BEAULIEU, A., Besoins des jeunes homosexuelles et homosexuels et interventions en milieu scolaire pour contrer l’homophobie, CSDM, Services des ressources éducatives, mai 2002, note 2.
  3. DEMCZUK, I., Démystifier l’homosexualité, ça commence à l’école, Montréal : GRIS, 2003, note 1.
  4. RIVERS, Ian, “The bullying of sexual minorities at school: its nature and long-term correlates”, (2001), vol. 18, no1, Educational and Child Pyschology, p. 32.; BONTEMPO, Daniel E. et D’AUGELLI, Anthony R., “Effects of at-school victimization and sexual orientation on lesbian, gay or bisexual youth’s health risk behavior”, (2002), vol. 30, Journal of Adolescent Health, p. 364.
  5. DORAIS, Michel et LAJEUNESSE, Simon Louis, Mort ou fif : la face cachée du suicide chez les garçons, Montréal : VLB éditeur, 2000, p. 16.
  6. Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, op.cit., p. 41-42.
  7. DORAIS, M. et LAJEUNESSE, S. L., op. cit., note 22.
  8. DORAIS, M. et LAJEUNESSE, S. L., op. cit., note 23.
  9. VERDIER, Éric et FIRDION, Jean-Marie, Homosexualités et suicide : études, témoignages et analyse, Montblanc, H&O Éditions, 2003.; DORAIS, Michel, « Jeunes identifiés comme gais et lesbiennes : quels droits et libertés à l’école ? », dans Actes du Forum Droits et libertés : jeunes gais et lesbiennes , quels droits et libertés à l’école ?, Montréal, Commission des droits et libertés de la personne, 2002, pp. 43-46.
  10. DORAIS, M. et LAJEUNESSE, S. L., op. cit., note 23.
  11. GAI ÉCOUTE, op. cit., note 37.
  12. REGROUPEMENT D’ENTRAIDE POUR LA JEUNESSE ALLOSEXUELLE DU QUÉBEC, Mémoire déposé à la Consultation publique sur la Stratégie d’action jeunesse 2005-2008 du Gouvernement du Québec, 2005.
  13. QUINN, Karolyne. “Rural suicide and same-sex attracted youth: issues, interventions and implications for rural counsellors”. in Rural and Remote Health, En ligne: rrh.deakin.edu.au/publishedarticles/article_print_222.pdf. (Consulté le 11 décembre 2006).
  14. JULIEN, Danielle, « Contrastes urbains/régionaux de l’environnement social des familles homoparentales au Québec et au Canada », 73e congrès de l’Acfas, Université du Québec à Chicoutimi, Montréal, mai 2005.
  15. PRESSAULT, Michel, « Suicide Action Montréal et Gai Écoute : un projet conjoint de formation et de sensibilisation », (2000), vol. 10, no 2 Le Vis-à-vie, p. 22.
  16. JULIEN, D. et al., op. cit., note 10.
  17. SIMPSON, Jacob. “Trans Youth: information for transgender youth, their service providers, friends and allies”. in Trans Alliance Society, En ligne: www.transalliancesociety.org/education/documents/03transyouth.pdf. (Consulté le 12 décembre 2006).
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