Logo de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse

Une Charte, mille combats : Discrimination et handicap - l’histoire de Gracia

« Fantôme en avant, bon garçon, c'est ça mon chien, ouais ».

Mon nom est Gracia, je suis handicapée visuelle et Fantôme est mon chien guide, c'est lui qui me suit partout, qui me permet de me déplacer et d'avoir une certaine indépendance.

J'ai eu un problème de discrimination envers mon chien guide lorsque j'ai voulu m'inscrire dans un gym pour pouvoir m'entraîner.

« Écoutez je suis ici parce que j'aimerais venir m’entraîner, j'aimerais m'inscrire à un gym, mais je suis handicapée visuelle, donc j'ai très peu de vision et je me déplace avec un chien guide. Est-ce que vous avez un problème à ce que je vienne m’entraîner avec mon chien ? »

Les propriétaires ont tout simplement refusé en me donnant des raisons comme des problèmes d'allergies, des problèmes d'endommagement de planchers, en me disant qu'ils ne voulaient pas perdre de business à cause de moi et mon chien, on m'a demandé de peut-être pouvoir aller au gym à des heures où il y a presque personne ou d'y aller sans mon chien, mais d'y aller avec quelqu'un.

« Moi ce que je veux c'est d'avoir une vie comme tout le monde, j'ai un empêchement, je ne vois pas mais à part cet handicap visuel, le reste tout y est. ».

Je lui ai expliqué qu'on ne demande pas à quelqu'un qui en fauteuil roulant de laisser son fauteuil roulant à la porte alors on ne peut pas demander à quelqu'un qui est handicapé visuel de laisser son chien à la porte. Ce qui m'a motivé à porter plainte à la Commission, c'est que ce n'était pas le premier incident auquel je faisais face, des gens qui me refusaient l'entrée dans des endroits publics à cause de mon chien guide.

« Vas-y mon homme, doucement, doucement, doucement , allez en avant, intérieur »

Mais cette fois ci ça avait été tellement profond, vraiment blessant et en appelant à la Commission des droits de la personne on m'a très bien conseillée, on m'a dit que sous aucun contexte je ne devais me sentir différente de quiconque, que j'avais les même droits que tout le monde. J'avais tout essayé auparavant auprès des gens du gym et ça ne changeait pas, c'était de pire en pire donc c'est vraiment en parlant avec la Commission des droits de la personne que j'ai pris la décision d'aller de l'avant et de porter plainte officielle.

La motivation que j'ai eue a me rendre jusqu'au Tribunal, c'était vraiment pour faire la différence, c'était que pour moi c'était important que les gens comprennent, c'était important spécifiquement dans ce cas là que les gens du gym puissent comprendre à quel point c'était dévastateur leur refus et la façon dont ça avait été fait et ce que ça signifiait pour une personne comme moi qui était handicapée visuelle de pouvoir être autonome et d'être respectée.

Au bout du compte, je me suis dit que si à la fin de tout ça les gens de ce gym-là pouvait avoir compris à quel point c’était important pour nous qui sommes handicapés visuels de pouvoir avoir un chien guide avec nous et de fonctionner normalement et pouvoir aussi permettre à d'autres gens qui étaient dans la même situation que moi de dire « on peut le faire, on peut aller n'importe où, je peux faire ce que je veux, mes limitations ce n'est pas les autres qui me les mettent, mes limitations c'est ma vue qui me l'impose et c'est moi qui doit être la personne qui va décider de ce que je peux ou ne peut pas faire » Et ça en tout temps en compagnie de notre chien guide.

Une personne handicapée visuelle qui reçoit son chien guide pour la première fois, c'est un sentiment de liberté, c'est des ailes qu'on nous donne qu'on avait perdues, c'est une porte qu'on nous ouvre vers la vie de tous les jours, c'est un retour à une certaine normalité.

Ce n'est pas des animaux féroces, ce n'est pas des animaux de compagnie, c'est des yeux sur pattes.

Je dois, si je peux me permettre, remercier la Fondation Mira, parce que sans eux, nos ailes ne seraient pas là.